Embrouilles Spirituelles, Extraits

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Nouvelles 1: Egarements

Quand le songe et le mensonge se rencontrent : l’égarement est inévitable.

Après cet incident, je voulus stopper toute recherche de conseils dans les rêves. Même si je n’avouai pas au frère Paul que ma confiance n’était plus totale dans les rêves, je sentais au moins la nécessité d’un autre mode de direction de ma vie qui serait plus sûr et plus rationnel. L’interprétation des rêves m’avait déjà conduit maintes fois à des embarras.

― Si tu persévères dans cette voie, la honte et la disgrâce t’attendent ; me dit le frère Paul ce jour-là.

― Tu es jaloux de mes visions ; répondis-je. Au lieu de me combattre, tu ferais mieux de m’aider à mieux les interpréter.

― Sache que les rêves ont égaré une multitude d’hommes sincères et honnêtes. A ce que je vois, tu es de la liste ; ajouta-t-il.

― Tu as reçu la formation autant que moi et Dieu parle par les rêves ! Il vaut mieux t’éviter car à ce que je vois, tu es une menace pour ceux qui veulent croître dans la foi. Répondis-je irrité.

― Quand tu rencontreras la catastrophe, tu seras moins audacieux. Sois béni. Dit-il avant la séparation.

Après cette conversation, je ne pus m’empêcher de considérer sa réprimande qui en plus semblait sincère. Il l’avait faite suite à des ‘révélations’ que j’avais reçues sur l’ancien Ntoundi qui s’étaient révélées incertaines, voire ridicules. Quoique ces dernières pouvaient être vraies, le frère Paul ne put établir la vérité et s’en sortit confus et dubitatif.

La cata prédite eut lieu. Alors que je m’en remettais avec grandes peines, le pasteur Johanson se présenta. Il vint du Nigéria pour un séminaire à l’église. Mon épouse et moi lui offrîmes l’hospitalité pour les deux semaines de son séjour à Yaoundé.

Dans nos causeries, je me rendis compte qu’il mettait en avant la direction de Dieu par les rêves. C’est alors que nous partageâmes sur mes expériences dans le domaine. J’avais à dire ; car pendant près de quatre ans, mis à part les ‘grandes révélations’, les séquences de mes journées étaient semblables à une répétition des séquences de rêves. Mes circonstances réelles présentaient des scènes du déjà vu.

Il me demanda quelques épisodes afin de se situer. Je lui fis le récit du rêve sur mon patron. Je lui racontai précisément :

― Alors que je faisais la sieste un dimanche après-midi, je vis mon patron me poursuivre dans mon rêve. Il était habillé de robe rouge brillante. La course fut longue et épuisante. Alors qu’il tendait la main pour me saisir, je criai : « Jésus sauve-moi ! » ; et me réveillai. Le lendemain matin au bureau, le patron, habillé en costume comme à l’ordinaire me salua avec un regard menaçant et me dit : « Ne pense pas que tu seras éternellement ici ; il y a plein de dossiers qui attendent ». Pourtant aucune plainte de retard, ni d’incompétence, ni d’indiscipline n’avait été émise auparavant contre moi, encore moins un avertissement.

Le pasteur qui avait écouté attentivement ne dit rien de ce récit. Il me demanda plutôt si je pouvais me souvenir d’un autre.

Je me souvenais de tous. Lequel devais-je lui raconter qui pût l’aider à me comprendre ? Je lui racontai :

― Il y a un an environ, l’église a reçu un missionnaire américain. Il était là pour une campagne d’évangélisation. Ma femme et moi sommes allés le saluer à son hôtel ; c’était un samedi soir. Le lendemain, aux environs de cinq heures et trente minutes, je fis un rêve sur lui. Je le vis s’approcher de ma femme et lui dire : « L’homme que tu as épousé n’est pas le mari que le Seigneur a préparé pour toi ; tu verras bientôt ton vrai mari ». Dans la même nuit, ma femme eut aussi un rêve curieux. Si ma mémoire est bonne, elle disait avoir vu l’homme lui faire des avances et lui proposer de l’emmener aux Etats-Unis.

― Et qu’avez-vous fait après le rêve ? Demanda le pasteur ?

― Au réveil, nous avons confié notre couple au Seigneur par la prière et sommes allés à l’église. Juste avant le carrefour Longkak, ma voiture eut une crevaison. A peine étions nous arrivés au niveau de la Province qu’elle eut une seconde crevaison. Le temps de la dépanner et nous sommes arrivés au culte en retard. A notre arrivée, le missionnaire était au parking et il téléphonait. Dès qu’il nous vit, il dit : « J’ai un message de Dieu pour vous, faites un effort de me voir après le culte ».

A ce niveau, le pasteur Johanson m’interrompit pour savoir quelle était l’attitude du missionnaire alors qu’il nous parlait. Je lui répondis :

― Il était courtois ; répondis-je. Il n’y a rien dans son attitude qui fût incorrect. Du moins dans cette première rencontre. Pendant le culte, j’étais de bout en bout mal à l’aise ; incapable de me concentrer. Au moment des prières pour les malades, mon cœur était bloqué. Je me posais mille questions sur ce qui nous attendait dans l’heure d’après. De plus, j’étais perturbé par les rêves que ma femme et moi avions faits.

― Que vous a-t-il dit finalement ? Interrompit le pasteur Johanson.

― J’y arrive, répondis-je. Juste après le culte, il nous reçut dans la bibliothèque. Après un instant de prières, il leva la tête et me dit : « Je vois que Dieu a un grand projet pour ta vie. Jusqu’à présent, tu as beaucoup œuvré sans voir des fruits, mais le Seigneur est avec toi ». Il se tourna vers ma femme et oubliant ma présence ou peut-être me provocant, il dit à mon épouse : « Dieu vous aime ma fille. Il vous a réservé un avenir meilleur que ce que vous supportez en ce moment ». A ceci, nous nous étions regardés, ma femme et moi. Mais l’homme était audacieux et ajouta : « Je ne tiens pas compte des émotions des gens et je dis les choses comme Dieu me les montre » ; précisa-t-il avant d’enchaîner : « Cet homme n’est pas ton mari et tu dois cesser toute relation intime avec lui jusqu’à ce que Dieu te révèle l’homme de ta vie ; moi je le connais, mais Dieu lui-même va vous le montrer ». N’en pouvant plus, je saisis ma femme par la main et nous partîmes sans rien entendre de plus.

Le pasteur qui m’avait écouté attentivement était sans parole. Qu’allait-il dire ? Etait-il plus choqué que nous de ces événements ? Allait-il nous conseiller juste ? Nous étions suspendus à sa réaction. Oui, parce que dans l’entour du premier exemple à lui raconté, le patron par la suite n’avait pas cessé de me pousser dans le dos, et c’est la prière patiente qui m’avait restauré la paix dans le boulot. Dans le deuxième cas, ma femme et moi avons été au bord de la séparation pendant les six à sept mois qui avaient suivi. C’est la grâce de Dieu qui nous a gardés du divorce. Ma femme a été tiraillée entre son amour pour moi et « la volonté de Dieu » telle qu’annoncée dans les rêves et par la bouche de l’américain.

Après un silence important, le pasteur Johanson intervint :

― Vous êtes vous-mêmes coupables de ce qui vous est arrivé. Dieu vous a avertis par les rêves et vous n’avez pas su vous apprêter. Voyez les deux crevaisons : il fallait réfléchir ! Vous devriez prier et bloquer ces problèmes dans la prière.  Dans le premier cas, il fallait prier immédiatement, juste après ton rêve. Dieu t’a mis en garde et toi tu n’as rien fait. Tout ce qui vous arrive est de votre faute.

― De notre faute ? Mais peut-on être fautif simplement parce qu’on a rêvé ? Demandai-je.

― Mais oui ! Dieu a fait son travail ; celui de vous avertir. Il ne doit pas tout faire à votre place ! C’était à vous de réagir convenablement par la prière.

Les paroles du pasteur me séduisirent. Admettant qu’il avait raison, je grandissais aux yeux du frère Paul qui ne voyait dans les rêves qu’égarements et confusions. De plus, admettre qu’il avait raison remettait en cause mon propre désir d’abandonner la recherche de la vérité dans les rêves. Qui avait raison ? Le pasteur ajouta :

― C’est bien de votre faute. « Dieu parle tantôt d’une manière, tantôt d’une autre et l’on n’y prend point garde… » ; dit la Parole de Dieu. Il parle par des songes et des rêves et c’est bien écrit dans le livre de Job. Il me semble que vous ne lisez pas la Bible. Lisez donc le livre de Job et vous verrez que c’est de votre faute.

A ces paroles, mon épouse Carole intervint :

― Le problème n’est pas si facile que vous le prétendez. Si Dieu annonce qu’il va faire quelque chose, peut-on le bloquer par la prière ?

Le pasteur répondit :

― N’oubliez pas que vous êtes des enfants de Dieu et que vous avez le pouvoir de contrecarrer les plans du diable. Dieu vous a avertis dans chacun des cas que le diable préparait des pièges contre vous ; et comme vous n’avez rien fait, vous êtes tombés dedans ! « Mon peuple périt faute de connaissances. » ; dit le prophète Osée. Vous n’avez pas lu ce prophète aussi n’est-ce pas ? Ne vous inquiétez pas. Ma présence chez vous n’est pas un hasard, il me semble que Dieu veut vous enseigner ce que vous devez faire après les rêves d’avertissements comme ceux que vous m’avez racontés.

Le pasteur avait peut-être raison. C’était la deuxième fois déjà que j’entendais dire qu’il convenait de prier pour bloquer un événement qui aurait été annoncé dans les rêves. Autrement dit, tout rêve prémonitoire pourrait être annulé ou réorganisé par la prière. Lors d’une émission radio, j’avais déjà entendu un pasteur du Centre des Miracles et des Prodiges dire qu’il valait mieux être en retard au service ou à des rendez-vous si la raison était qu’on priait pour contrecarrer un rêve pressenti comme avertissement ; sinon, les regrets seraient amers.

Je voulus apprendre. Je m’adressai au pasteur :

― Dites-nous comment faire pasteur, aidez-nous s’il vous plaît.

Le pasteur répondit :

― Quand vous rêvez et que vous n’êtes pas satisfaits, il convient de prier et d’annuler le rêve ainsi que tout le contenu du rêve, en proclamant au nom de Jésus que le malheur ne vous atteindra pas, en proclamant que vous êtes vainqueurs, en proclamant que Christ est mort pour que vous ayez la victoire.

― Comment-ça ? Demandai-je.

― Simple ; reprit-il. Par exemple dans le premier cas, tu pouvais dire : « Je suis fils de Dieu ! Personne ne me rattrape ! Je suis la tête et jamais la queue ! Je suis vainqueur par Jésus-Christ ! Je proclame que personne ne peut me faire du mal dans cette entreprise ! Je proclame que c’est moi qui domine ! Je proclame que tous mes ennemis tombent ! Je proclame que tous ceux qui se lèvent contre moi vont tomber ! Je déclare que personne ne peut me concurrencer ! ».

― Ouaouh ! Et dire que pendant ces trois dernières années, j’ai été averti en moyenne trois à quatre fois par semaine. Que de victoires aurais-je eues ! Que Dieu ait pitié. Dis-je pensif.

― Si tu restes dans l’ignorance, c’est toi qui perds ; réagit le pasteur. Et si vous voulez faire mieux, je vous assure que vous pouvez même retourner dans les rêves et combattre vos ennemis. Par exemple, tu pouvais te recoucher, retourner dans le rêve et c’est toi qui devais poursuivre ton patron, le rattraper et le tabasser copieusement, lui donner une bonne leçon et lui interdire de ne plus jamais te persécuter. Là tu l’aurais vaincu à toujours et il ne serait jamais venu te menacer ou te lancer des paroles arrogantes comme il l’a fait.

― Et dans le deuxième, pouvais-je aussi retourner dans le rêve ? Et ma femme, que devait-elle faire ? Demandai-je.

― Très simple. Reprit le pasteur. Tu te recouchais et tu provoquais la reprise du même rêve et cette fois, tu…, tu…

Le pasteur était bloqué. Il réfléchissait et avait de la peine à continuer. Le missionnaire était un serviteur de Dieu. Et s’il avait parlé au nom de Dieu, peut-on lutter contre Dieu ?

Un peu hésitant, le pasteur Johanson reprit :

Fin de l’extrait.

Cette nouvelle  est en cours d’illustration et sera disponible avant le 1er Novembre 2016.

Nouvelle 2: Embrouilles des dieux amoureux

Hésiter à choisir la vérité peut s’avérer fatal.

Nous étions dimanche et c’est avec trépidation que j’attendais ce jour. L’initiation était prévue pour dix-huit heures et trente minutes. Pour l’événement, le centre avait reçu une grande toilette. La salle était décorée de fleurs et de nouvelles nattes étaient étalées, ce qui donnait un aspect nouveau à la salle.

Les initiations commencèrent comme prévu. Puis vint mon tour, il était dix-neuf heures et trente minutes. Tonton Samy, notre professeur habituel était ce jour-là l’assistant d’un gourou qui était venu principalement pour l’événement. Cet homme s’appelait maître Maheshi.

Je fus donc appelé à l’extérieur. Le gourou Maheshi était assis sur une grande natte, un peu à l’écart. Peu de rayons de l’ampoule extérieure du bâtiment atteignaient son emplacement. Il était assis en tailleur et tonton Samy m’indiqua de m’asseoir en face de lui, en tailleur aussi. Pris de doutes, je priai intérieurement : « Seigneur Jésus, je n’ai pas tellement confiance en cet homme, je me remets à toi. J’espère qu’il est là pour le bien ». Il joignit les deux mains et s’inclina ; je fis pareil. Il pointa son index droit sur mon front et se mit à réciter des paroles dans une langue que je ne comprenais pas.

Après trois minutes environ, il se mit à trembler. Son torse nu et gras suait à grosses gouttes et je le regardais, interrogatif. M’attendant à ce qu’il me dît mon nouveau nom, il se mit à crier : « A bah ! A bah ! A bah !… » ; et pendant qu’il disait ces mots, il oscillait sa tête, droite-gauche, gauche-droite comme pour dire soit : « Non-non », soit : « Je ne comprends pas », soit : « Je ne veux pas ». Tout d’un coup, il retira sa main et dit des mots violents, des jurons, tout en reculant vers l’arrière comme si apeuré par quelque chose. Ce faisant, il se retrouva hors de la natte avant de se ressaisir.

Tonton Samy qui observait se leva, joignit les deux mains et s’inclina. Il me prit par la main afin de m’aider à me relever et me ramena vers les autres, à l’intérieur.

Mon suivant sortit, mais revint aussitôt avec tonton Samy qui informa :

― Les initiations sont suspendues pour ce soir, le maître s’excuse et vous prie de vous apprêter pour le dimanche prochain.

― Et ceux qui jeûnent depuis une semaine, ils doivent faire quoi ? Lança un jeune dans la salle.

― Tout à l’heure son calendrier était très chargé et il devait partir demain. Philippe dis-nous ce qui s’est passé. Il poussait des cris bizarres avec toi ; dis-nous.

Avant que ce second intervenant eût achevé, un troisième l’interrompit :

― Le maître a des problèmes et il veut voir clair. Les maîtres se dépassent.

Le second intervenant récupéra la parole disant :

― Quels maîtres qui se dépassent ? Il n’y a rien à comparer ici. Jésus, c’est le sommet et c’est Philippe qui a tort.

Le premier critique de tonton Samy intervint à nouveau, mécontent :

― Je suis d’avis que Jésus n’y est pour rien, c’est Philippe ; s’il aime Jésus tant que ça, il n’a qu’à rester à l’église ! Nous faisons quoi maintenant ?

Ce soir-là, monsieur Bita boucla les interventions disant :

― Toi-même Philippe, qu’est-ce que tu cherches ici ? Nous sommes des chrétiens de nom, mais toi tu es fidèle et tu fais les choses de Jésus, tu cherches encore quoi ? Nous, on est-là parce qu’on n’a pas le courage et la patience de suivre Jésus, c’est lui le vrai maître et tout le monde le sait.

« C’est lui le vrai maître et tout le monde le sait ». La réflexion de ce dernier me bouleversa. Je pratiquais assidûment le Hatha Yoga depuis bientôt six mois et personne ne m’avait rien dit de son caractère sectaire. Je le faisais en cachette et n’avais recherché le conseil de personne. Le fallait-il ? J’avais lu des affiches indiquant les avantages du yoga dans l’acquisition de la maîtrise de soi, dans la gestion des peurs intérieures et je m’étais lancé sans précautions encombrantes. Ce que j’espérais avoir, je m’étais investi pour l’avoir. Le gourou Maheshi venait de me désillusionner.

Le même soir, j’allai vers le responsable du Groupe Biblique des Elèves et Etudiants du Campus. C’est alors qu’il m’expliqua clairement la contrariété entre la doctrine du Karma et la Vie éternelle telle qu’offerte par Jésus-Christ. C’est alors qu’il démontra la supériorité du Saint-Esprit sur l’esprit guide auquel le maître Maheshi voulait me livrer.

La vérité me choqua. Constatant ma peine, Tonton Jo, le responsable du GBEE, me prêta une brochure : « Le Maître Jésus-Christ et les maîtres du yoga ». Je la parcourus toute la nuit. Dès les premières heures du lundi, je la photocopiai et courus offrir un exemplaire à tonton Samy.

Tonton Samy prit la parole.

Je pris deux jours de jeûne et demandai à Dieu de m’indiquer celui qui avait vraiment raison. L’initiation de Philippe m’avait troublé. L’attitude du gourou Maheshi était des plus décevantes. Je m’attendais à voir un homme parfaitement maître des circonstances et son échec devant Philippe fut pour moi un choc. Je devais repenser, et rapidement repenser mon engagement comme professeur de yoga et reconsidérer mes aspirations de futur maître.

Je lus et relus la brochure de Philippe et pour me convaincre que le document n’était pas gratuitement contre le yoga, j’achetai une bible le mercredi qui suivit et m’efforçai de lire les paroles du Christ dans le Nouveau Testament. Mon choc était grand. Toutefois, je n’abandonnai pas. J’étais déjà à ma dixième année de pratique. Je n’étais plus à mes débuts pour bâcler un engagement qui m’avait déjà coûté temps et investissements. Surtout que mon voyage pour l’Inde était en préparation.

Je résolus d’échanger avec l’encadreur de Ngoaki. Je le rencontrai dans la même soirée du mercredi. Il me reçut chaleureusement, joignant ses deux mains et s’inclinant comme nous avions habitude de nous saluer. Je lui fis part de l’évènement du dimanche au centre d’Assib. Tout naturellement il me répondit :

― Et alors, ça arrive ! Il se peut que le gourou n’ait pas le niveau, qu’est-ce que tu veux. L’incompétence se rencontre dans tous les métiers !

― C’est un vieux, c’est un sage, comment peux-tu parler si négligemment ? Reprochai-je.

― La vieillesse ne fait pas la sagesse, la vieillesse ne fait pas la compétence non plus. Il se peut qu’il ait encore beaucoup à apprendre.

― Mais c’est le même gourou Maheshi qui conduit les initiations depuis maintenant cinq ans ! Insistai-je.

― Et alors ? Rétorqua mon collègue. S’il dort sur ses lauriers, tant pis pour lui. Qui n’avance pas recule.

La réactivité du collègue cassa mon élan. Pendant un instant, je dus reconsidérer mes lectures des deux jours. Je lui demandai ensuite :

― Sais-tu que Jésus-Christ donne gratuitement la vie éternelle à ceux qui suivent sa doctrine ?

― Où est le problème ? Demanda-t-il. Ceux qui veulent suivre Jésus vont à l’église, ceux qui veulent suivre Bouddha viennent au club, quel est ton problème ?

― Mon problème ? Je viens de me rendre compte que la doctrine de Jésus-Christ est contradictoire à celle de Bouddha et que bien de choses que nous enseignons sont opposées ; répondis-je.

― Par exemple ? Demanda-t-il.

― Le salut de Jésus-Christ est gratuit et totalement gratuit pour ceux qui le lui demandent. Alors que pour nous, nous devons travailler dur, faire des exercices. Faire monter l’énergie sexuelle de chakra en chakra, passer par des initiations, supporter les enseignements des esprits guides inconnus supposés nous conduire vers la fusion cosmique. Laquelle n’est possible qu’à celui qui réussit à s’émanciper de la roue des réincarnations… oscillant la tête dans un mouvement contestataire, nous avons l’air des esclaves à côté de ceux qui suivent le Christ.

― Tu fais pitié. Apparemment tu ne sais pas ce que tu veux. Tu veux le beurre et l’argent du beurre. Voilà ton problème. Tout ce que tu dis, nous le savons bien et je suis étonné que tu viennes me débiter tes découvertes.

― Tu savais donc que la doctrine de la réincarnation est fausse ? Demandai-je.

― Et quoi donc ? Si tu voulais le Christ, pourquoi ne vas-tu pas les dimanches à l’église ? Je te le demande encore. Tu ne peux vouloir l’ésotérisme et le Christ. Sauf si tu es fou et stupide. Répondit-il.

― Mais où est le problème ? Expliques-toi un peu ; demandai-je.

― M’expliquer ? C’est toi qui viens avec des découvertes et c’est à moi d’expliquer ! Va-t-en avant que je m’énerve. Dit-il.

― S’il te plaît, insistai-je.

Après un temps de silence, il dit :

― Esotérisme, c’est chercher dieu en soi, par des techniques et le soutien des esprits guides ; c’est développer l’énergie sexuelle et la faire circuler en soi ; c’est aussi apprendre à vivre les extases sexuelles. Je ne t’apprends rien ici puisque c’est par cela que tu m’as salué. Quant au christianisme, tu peux mieux expliquer, du moment que tu lis maintenant la Bible.

Je restai cependant curieux de sa connaissance du christianisme. Que savait-il vraiment du Christ ? Bluffait-il ou en savait-il quelque chose ? Sa provoque attisait mon intérêt et je voulais me fixer sur sa connaissance de la doctrine chrétienne.

― Que sais-tu de la doctrine de Jésus-Christ ? Demandai-je.

― Dis-donc, va voir ailleurs. J’ai à faire. Répondit-il.

― S’il te plaît, je veux connaître la différence entre les deux. Je m’en vais après ta réponse. Insistai-je.

― Quelle réponse ? Tu es le dernier des ignorants. Voilà. Le yoga n’interdit pas la Bible ; va la relire. Répondit-il.

― S’il te plaît, dis-moi ce que tu en sais puisqu’on y est. Insistai-je embarrassé.

Il me regarda d’un air réfléchi et dit :

― Si tu crois au Seigneur Jésus, il te donne le Paradis, à condition que tu suives tous les jours les Saintes Ecritures. Avec le Christ, oublie le travail sur l’énergie sexuelle, les pasteurs vont te dire que c’est de la magie blanche. Nous cherchons Dieu en chacun de nous, le Christ révèle Dieu à ses adeptes, là est la grande différence. Les chrétiens sont limités par ce que le Christ leur révèle de Dieu, nous avons dieu en chacun de nous et nous le développons. Et puis tu m’énerves avec tes questions.

Mon collègue était confus à mesure qu’il avançait dans ses explications ; convaincant cependant.

Avant de m’en aller, je risquai :

― Qu’as-tu gagné depuis toutes ces années que tu pratiques le tantra yoga ?

Fin de l’extrait.

Cette nouvelle  est en cours d’illustration et sera disponible avant le 1er Novembre 2016.

Nouvelle 3: Tortures au nom des morts

Les morts ne sont pas morts. Ils aiment encore les leurs.

Il était cinq heures et demie quand toute la maison fut réveillée par des cris :

― Non ! Je ne veux pas ! Je ne veux plus vous voir ! Laissez-moi tranquille !

Nous retrouvâmes Kalba dans la cour. Il se tordait de douleurs sous des coups. Il semblait frappé par des personnes invisibles et résistait contre un ordre que lui seul saisissait.

― J’ai le choix et je ne vous servirai jamais, allez-vous en ! Je ne veux plus vous voir ! Criait-il à répétition.

Depuis bientôt un an, des scènes pareilles s’étaient répétées, parfois sous la pluie, parfois dans la boue et tous commencions à en avoir marre. Nous étions épuisés et personne pour nous indiquer un conseil satisfaisant. Tous les vieux qui conseillaient maman lui suggéraient de convaincre Kalba afin qu’il acceptât la demande des esprits. Fervente catholique et confiante que Dieu ferait quelque chose, maman se remettait au rosaire et le comptait dès qu’elle avait un instant de libre. Elle gardait espoir que la Vierge Marie interviendrait.

Les crises de Kalba commencèrent après le décès de papa. Notre père était Nkemsse[1] de Tsépia et avait désigné Kalba comme son successeur, ce que ma mère ne voulait point entendre. Elle priait nuits et jours afin que Dieu fît de son fils un prêtre catholique.

Papa décéda à la veille du BEPC de Kalba et c’est la grâce de Dieu qui soutint mon frère dans la réussite de son examen. Durant les années de Seconde et de Première, les « visitations des esprits » étaient espacées d’au moins un mois. Elles devinrent hebdomadaires dès la rentrée de Terminale. Nous étions en Avril et le Bac approchait.

Ce matin-là, la scène était affligeante pour nous qui étions présents et ne savions comment sauver Kalba de ses agresseurs. Malgré tous les « Ma Marie Tsa mésin’gé mon », ce qui traduit veut dire : « Mère Marie aies-pitié de moi », rien ne stoppa la bastonnade des esprits et c’est en spectateurs vaincus que nous et nos voisins étions là, dans la pénombre matinale, réduits à observer sa détresse.

Aux environs de six heures et trente minutes, alors que le jour prenait le dessus sur les ténèbres, Kalba se calma et sombra dans l’inconscience. Il était couvert de blessures. Maman et moi résolûmes de le conduire à l’hôpital et je le pris sur mon dos. En chemin, Kalba se réveilla. A nos questions, il ne voulut rien répondre.

Arrivés à l’hôpital, l’infirmière nous renvoya. Elle exigea que Kalba allât faire sa toilette avant de revenir. Notre maison était à 45 minutes de l’hôpital et nous reprîmes la marche aussitôt. Cette fois, mon frère préféra marcher.

A la maison, un des amis de papa nous attendait.

― Ma Lissape, dit le monsieur. Où êtes-vous allés de si bonne heure ? Ça fait un moment que je vous attends.

Maman s’inclina pour saluer le monsieur :

― Je vous salue Ndé[2] ; asseyez-vous dans la paix. Dit-elle.

― Bonjour tonton ; saluai-je.

― Comment vas-tu jeune homme ; répondit-il, les yeux plutôt sur Kalba.

Maman courut prendre une chaise en bambou et s’assit à côté du visiteur qui ne tarda pas à énoncer l’objet de sa visite.

― En fait, je viens au nom des dieux de Tsépia. Je ne suis pas venu négocier ; je ne suis pas venu donner un conseil ; je ne suis pas venu de moi-même.

― Asseyez-vous dans la paix ; intervint maman.

― Crhmm ! Crhmm ! Fit le monsieur, comme raclant sa gorge.

― Asseyez-vous dans la paix Ndé ; insista maman.

― Cet enfant, n’est-il pas le fils de son père ? Personne n’ignore dans ce terroir qui était ton mari, c’est-à-dire son père. Personne n’ignore les hautes fonctions qu’il a assumées pour l’honneur des dieux et pour le bonheur de cette communauté. Tout le village connaît le prestige qui était celui de votre mari, le père de cet enfant.

Au notable dont le protocole refusait le droit au but, maman encouragea :

― Parlez Ndé, je suis disposée à vous écouter. Parlez s’il vous plaît.

L’homme reprit :

― Suis-je venu m’entretenir avec vous depuis que mon ami votre mari a rejoint ses ancêtres ?

― Parlez Ndé ; répondit maman. Parlez, je vous écoute. Personne n’ignore l’étendue de votre sagesse dans ce village. Parlez, je vous écoute.

― Votre fils a eu le privilège des dieux qui l’ont élu pour remplacer son digne père. De nous tous qui servions son illustre papa, les dieux ne désirent que votre fils pour nous guider. Dit le notable.

― Vous perdez votre temps ! Intervint Kalba. Je n’aime pas vos dieux ; c’est à l’église que je veux aller.

Maman s’empressa de reprendre la parole, question de rattraper l’intervention de Kalba :

― Je vous supplie d’excuser cet enfant Ndé, les enfants d’aujourd’hui ne savent pas comment parler aux personnes de votre rang.

― Ne vous inquiétez pas pour moi digne femme ; ayez plutôt peur de l’entêtement de cet enfant à résister l’offre des dieux. Personne n’ignore la violence de leurs colères et je pense que vous en savez quelque chose.

Maman essuya les larmes qui s’étaient mises à couler de ses yeux. Les paroles du notable n’étaient pas sans menaces.

― Vous savez que tous vous respectent dans ce village et qu’il est difficile de désobéir aux dieux ; mais comprenez ma peine. Mes fils et moi sommes baptisés catholiques et si mon fils n’était pas têtu, il serait maintenant au séminaire.

A peine maman acheva ses paroles que Kalba déchira son tee-shirt et se tapa poitrine :

― Jamais je n’irai au séminaire, je suis le père de cet enfant. Ce sont les dieux de Tsépia qu’il servira ; il n’a aucun choix. Je fais de mon fils ce que je veux.

Après que Kalba eut parlé ainsi, le notable se leva, s’inclina jusqu’à terre devant Kalba. Quand il se releva, il remercia maman pour sa patience et ajouta :

― Voyez que je n’ai plus rien à dire. Prenez courage. Quand vous serez décidés, envoyez Pamen qui saura où me trouver.

Après le départ du notable, maman éclata en larmes : « Eh ! Ma souffrance ! Qui viendra pour me sauver ! ». Voulant la consoler, je donnai mon avis :

― Mais pourquoi refuses-tu Ma ? Si Ma Marie n’a rien fait depuis que tu comptes le rosaire, pourquoi compter sur elle ? Voilà même que l’esprit devient arrogant à l’idée du séminaire, penses-tu que ses crises cesseront s’il entrait au séminaire ? Trop c’est trop ! Si encore les esprits lui interdisaient d’aller à l’école ! Je n’ai jamais entendu que ces esprits là empêchent d’aller à l’école.

Maman observa un temps de silence ; résignée, elle répondit :

― Va au magasin, prend le régime de plantain qui est là et rattrape le notable. Dis-lui que nous sommes d’accord.

― Jamais ! Protesta Kalba. Tu es naïve maman, tu ne connais pas ce que papa souffrait. Je tiens à faire mon bac et je tiens à aller à l’université comme mes amis. Je suis désolé, ils n’ont qu’à me tuer !

― Doux Jésus ! M’écriai-je. Que se passe-t-il donc en toi ? Dis-moi qui parlait tout à l’heure en toi ? Là j’entends mon petit-frère. Que se passe-t-il Kalba ?

― Je ne peux rien dire, mais je ne veux pas aller servir ces choses ; ils sont méchants. Jésus ne force personne d’aller à l’église mais eux ils veulent me forcer. Ils se croient plus grand que Jésus peut-être ?

Je regardai maman. Ses larmes avaient cessé de couler. Elle me dit :

― Laisse le régime de plantain tranquille. Si Dieu ne nous aide pas dans cette affaire, personne ne sait comment elle se terminera. Je n’y comprends rien. Tantôt c’est ton père qui semble parler en lui, tantôt c’est lui-même. Demain, je verrai le prêtre à la paroisse.

― Et l’hôpital ? Demandai-je.

― Accompagne ton petit-frère pour ses pansements, je vais aller aux champs, l’heure du champ est entrain de passer et je n’ai pas encore ensemencé le champ de Tsépia. Je vais aller semer du haricot et du maïs ; si nous manquons ce week-end, nous serons en retard sur le calendrier.

Le dimanche après la messe, maman rencontra le prêtre comme décidé. Ce dernier lui déconseilla fermement la consécration de son enfant au service des esprits. Le prêtre lui indiqua de résister jusqu’au bout. Fort de ce conseil, elle revint nous informer :

― Le prêtre m’a donné des prières à réciter et de l’eau bénite à répandre dans toute la maison. Autour du lit de ton frère, j’en répandrai selon la méthode qu’il m’a indiquée. Les dieux ne l’embêteront plus.

Dès avant la tombée de la nuit, maman fit les prières et aspergea l’eau bénite selon les recommandations du prêtre. Alors qu’elle achevait ce travail, un hibou hurla de toutes ses forces, traversant le ciel de la concession. Au lieu que d’être rassurée par les libations, la panique saisit maman. L’augure de l’oiseau la perturba. Tremblante, elle courut retrouver le rosaire et nerveusement, elle se remit à le compter.

Kalba était allé au groupe d’études (il étudiait avec ses camarades) et ne savait rien de ce qui s’était passé. A son retour, il saisit le matelas de paille qui était sur son lit, le mit dans la cour et l’éventra dans l’obscurité. Je m’en rendis compte bien tard ; il avait détruit complètement le matelas. Avertie sur ce qui venait de se passer, maman fut envahie de sueurs. Elle tremblait et ne pouvait contenir ses pleurs. Le chapelet dans sa main droite, elle sortit de sa chambre d’où elle s’était retirée pour prier. Elle s’installa à la cuisine avec nous, mais ne fit aucun reproche à Kalba. Sa nervosité était cependant lisible et le comptage de son chapelet était irrégulier. Kalba quant à lui était calme et serein ; sa destruction du matelas était sans gravité et sa quiétude le montrait bien.

― Où vas-tu dormir Kalba ? Lui demandai-je.

― Je dormirai à même le bambou ; répondit-il sans émotion particulière dans la voix.

Juste après qu’il me répondit, un autre hibou traversa la cour, hurlant plus fort que le précédent, donnant l’impression d’un vol bas.

Il devait être sept heures du soir et le silence gagnait déjà le village. Maman, troublée et dominée par la peur, saisit le reste d’eau bénite et la bouteille à sa main gauche. Elle souleva la lampe de sa main droite et s’engagea vers sa chambre. Peut-être voulait-elle faire d’autres rites ou libations ? Kalba la stoppa net.

― Cesse de te fatiguer. Tu commences à m’énerver.

La voix n’était pas celle de Kalba. Elle ressemblait à la voix de papa. Instinctivement, maman déposa la lampe au sol, versa une bonne quantité d’eau bénite sur le chapelet et le lança violemment sur Kalba. Sans sourciller, Kalba ramassa l’objet de prière et le jeta dans le feu qui était sous le repas du soir.

― Mon fils, comment peux-tu me faire ça ? Demanda maman effrayée.

― Je suis ton mari et non ton fils. Si tu me respectais encore, tu n’aurais pas fait ce que tu viens de faire, rétorqua la voix qui parlait de la bouche de mon frère.

― Mon mari est décédé il y a bientôt trois ans. Celui qui est devant moi est mon fils. Répondit maman avec défiance.

― Si tu étais si pieuse que ça, tu n’utiliserais pas un objet de prières pour faire du mal ?

― Je voulais te chasser du corps de mon fils. Tu n’as pas le droit de gâcher sa vie. Il a droit aussi à l’avenir comme ses amis. Répondit maman.

― Cesse de m’énerver, sinon tu comprendras que c’est moi qui t’ai donné cet enfant et j’ai le pouvoir de faire de lui ce que je veux.

― Tu n’es donc pas son père, mais le dieu voleur !

― Héééééé ! Cria Kalba tenant un gros morceau de bois tiré du feu. Ça suffit ! Tu m’as assez défié ! Dit-il dirigeant le bout brûlant vers le visage de maman.

[1] Nkemsse veut dire prêtre ou sacrificateur.

[2] Ndé signifie notable en langue Ngiemboon

Fin de l’extrait.

Cette nouvelle  est en cours d’illustration et sera disponible avant le 1er Novembre 2016.

Nouvelle 4: L’illusion des bains rituels

Au fond du désespoir, Dieu sait sauver le malheureux qui crie à Lui.

― Heureusement pour lui que je suis un vrai chrétien maintenant !

― Comment ça, heureusement ? Qu’étais-tu donc depuis toutes ces années ? Demanda Ali.

― Je l’étais mais de nom. Répondis-je. Les choses sont maintenant différentes. Après toutes les déceptions des bains rituels, je sais maintenant qu’il vaut mieux rester avec le Christ. Avant, il était mon héro, là comme tu vois, il est mon Chef et je veux respecter Sa Parole.

― Tu joues la victime miséricordieuse ! Lâche que tu es. Reprit-il. Tu viens de laisser échapper ton escroc de maître et tu me dis que tu joues « le chrétien » ! Saint Augustin… ; dit-il en fléchissant un genou.

― Eh ! Eh ! Eehhh ! Arrête ton théâtre ; intervins-je, m’éloignant de lui.

― Alors raconte-moi le lavage qu’il t’avait fait… Qui avait lavé « les parties » ?

― Tu l’appelles ‘escroc de maître’ et c’est toi qui m’as conduit vers lui. De vous deux, qui est le méchant à la fin ?

― Laisse ça ! Même devant lui je l’appellerai escroc. Garde tes scrupules religieux pour toi. Parle-moi plutôt des parties. Qui les avait lavées ?

― Insolent et pervers ! Protestai-je en oscillant la tête à l’horizontale.

― « Les parties » avaient été lavées n’est-ce pas ! A moins qu’il t’ait fait avaler la potion de l’oubli. Dit Ali.

― Je m’en vais, je comprends que tu me chasses de chez toi. Dis-je, me dirigeant vers la porte.

― Ouais vas-y ! Lâche que tu es ! Dès qu’on parle de sexe, les chrétiens de ton espèce deviennent timides.

Ali venait de me provoquer. Timide, c’est sûr que je l’étais mais que personne ne me le dît ! Il venait de me donner une raison supplémentaire de m’enfuir. Suite à son insulte, j’accélérai l’ouverture de la porte et j’étais dehors.  Ali me rattrapa et voulut s’excuser.

― Je suis désolé ; engagea-t-il. Je ne voulais pas t’offenser. C’est juste que je voulais t’aider à t’ouvrir. J’ai constaté combien troublé tu étais devant Deyavi ; il est bon que tu en parles.

― Je ne suis pas prêt ; mettons demain si tu as du temps.

Il devait être trois heures du matin et j’avais besoin de calme. J’avais aussi besoin de prier et de demander pardon au Seigneur pour avoir cédé à la tentation de la propre justice. Je me sentais mal à l’aise.

J’arrivai chez moi peu avant quatre heures. L’immeuble était silencieux et l’accueil du gardien me fit du bien. Très respectueux, il ne manquait jamais son « bonsoir monsieur ». Pour lui gardien, le jour était certes annoncé ; mais la soirée restait inachevée.

Je dévalai les escaliers distraitement ; les souvenirs se bousculaient au-dedans de moi. « Pourquoi toute cette errance ? Pourquoi tant d’embrouilles ? Et pourquoi me laver ? Se laver avec des substances végétales purifie-t-il l’âme ? Peut-on laver quelque chose d’invisible avec des extraits végétaux ? Trois lavages déjà et aucun résultat positif. Le quatrième aurait-il apporté changement ? Non. Retrouver mon abuseur de maître est la preuve que je tournais en rond » ; conclus-je.

Après mon bain, mes pensées m’ôtèrent tout répit et en lieu et place de sommeil, j’eus envie de comprendre davantage. Quelle était la place du hasard dans l’incident que je venais de rencontrer ?

Deyavi et moi sommes du même pays et avons fait le Collège Evangélique Lumière. Il était choriste et avait généralement les solos lors des concerts inter-collèges. Il chantait bien et ses performances lui valaient bien du succès auprès des filles. Retrouvés en psychologie, c’est là que nous fûmes plus proches.  La Licence obtenue, il trouva aussitôt un très bon emploi au port maritime de Taliamé-Sud.

Après ma Licence, rien ne fut facile. Le retour de papa Marca et de Tantie Doulie à Cotonou allait provoquer un changement profond dans ma vie. Fervents chrétiens, ils m’ont appris à prier, à lire la Bible et surtout à aller régulièrement à l’église. J’avais 24 ans quand ils rentrèrent et nous avions fait 15 ans ensemble. Papa Marca m’avait pris avec lui lors d’un de ses voyages à Cotonou et avait dit à papa : « Tant qu’il reste à tes côtés, il ne deviendra rien comme toi ». Heureusement ; car papa ne se préoccupait pas de mes études. Tout son rôle était de payer, le reste, il s’en fichait. C’est avec Papa Marca que j’appris, et le respect de Dieu, et la prière, et les « bonnes manières ». Les fétiches de papa étaient toute sa vie.

A leur départ, ils me confièrent à « Jésus » et me dirent : « Lui seul saura t’aider fidèlement ; l’homme peut te décevoir très facilement ».

Après eux, j’oubliai le chemin de l’église. Pendant quatorze bonnes années, je n’avais aucune envie de lire la Bible. Je n’avais même pas l’idée d’aller à l’église. Cependant, je me plaisais bien à suivre les débats religieux ainsi que les films chrétiens. C’est dans cette dérive païenne que je retrouvai Deyavi.

Je le rencontrai à la poste du 2e Arrondissement. Il était frais et respirait la bonne vie. Je devais avoir 28 ans et lui 30, car il était plus âgé.

― Que deviens-tu ? Me demanda-t-il.

― On prend comme ça vient mon frère. C’est peut-être toi qui m’apportes le bonheur ! Tu es chic ! Lui adressai-je.

― Mon frère, me dit-il en m’embrassant ; Dieu est bon comme tu vois. Je suis chef du personnel au port de Taliamé-Sud et je ne me plains pas. Dieu n’oublie pas ses enfants.

J’étais content et émerveillé. Pendant quelques instants, je me sentis prestigieux de partager le prestige d’un grand homme. Enthousiaste et voulant tirer le maximum des retrouvailles, je lui demandai :

― Comme ça tu es devenu un homme important !

― Qu’est-ce que tu veux ? Quand Dieu bénit, on est obligé d’accepter. Et toi qu’est-ce que tu fais ? Demanda-t-il.

Je me mis à relater mes galères des années post Licence. J’étais à ma troisième année de chômage et faire le docker au port n’était plus de mon goût. Je lui fis le récit du lavage du marabout malien qui m’avait promis des changements un an plus tôt. J’étais amer et malgré moi, je ne sus pas gérer le contraste entre mon piètre état et l’éclat de sa personne.

Il me tira à l’extérieur et me fit entrer dans une voiture Mercédès. Il était en pause et voulut que je lui racontasse les détails du lavage de Salim. Ce que je fis, espérant surtout qu’il serait la providence divine que le Ciel me réservait.

Je lui relatai les parfums, les essences et les autres substances exotiques toutes d’origine arabe que Salim m’avait fait acheter et comment il les avait mélangées avec de l’eau tiède avant d’administrer le bain. Je lui fis part des autres bains quotidiens que je devais faire, matin et soir pendant un mois et combien la situation n’avait point changé. Je subsistais.

D’un air compatissant et touché, il me remit sa carte de visite ajoutant : « Pourquoi ne pas nous revoir pendant le week-end ? ». Ce que j’acceptai avec joie.

Au bout de trois rencontres, Deyavi me convainquit d’accepter son bain qui allait m’ouvrir les meilleures portes du pays. Avec ses démonstrations des effets spirituels du bain sur l’âme, il me gagna, me faisant par ailleurs entrevoir que mes pouvoirs psychiques allaient se décupler. Je devais juste lui faire confiance et obéir à ses injonctions.

Deyavi fit mon bain chez lui. Dans sa salle de bain dont la grandeur équivaut toute la surface de mon salon. Lui seul composa les eaux du bain. Je devais le rejoindre un vendredi aux environ de 20h. Comparé à celui de Salim qui fut bien bref et accompagné de quelques paroles arabes, celui de Deyavi semblait s’éterniser. Deyavi semblait exécuter jusque dans le milli détail un procédé à la fois mystérieux et sacré. Son bain dura plus de trois heures de temps. Agréable, sans doute. Il avait prévu une étape d’onction à l’huile d’olive qu’il appelait consécration à une entité dont j’oublie le nom. Il fît des choses sur moi avant le rinçage qui conclut le bain.

Jusqu’à ce jour, j’ai honte de cet autre épisode et c’est son souvenir qui m’avait chassé de chez mon cousin. Il voulait savoir ! Savoir quoi ? Ils sont de la même confrérie. Il voulait savoir quoi qu’il ne connaissait déjà ? Si c’est vers lui qu’il avait cru bon de me trouver de l’aide, certainement qu’il connaissait les étapes de leur lavage !

« Qui avait lavé les parties » ? Avais-je le choix de laver « mes parties » ? Salim dans son cas n’avait même pas eu besoin de m’exposer.

Si encore Deyavi ne m’avait pas trahi par dessus ! « Tu vas voir ! » ; m’avait-il dit. « Avec ta nouvelle influence spirituelle, ton dossier est déjà passé et d’ici la fin du mois, ton recrutement est un acquis ». J’avais alors 28 ans, aujourd’hui, 38. Dix ans que mon recrutement dans leur port est un acquis. Dix ans que j’attends le meilleur du pays. Combien de gens a-t-il ainsi abusés au nom de son dieu ? Et quel dieu ? Dieu de la honte !

Nous étions samedi et Ali arriva chez moi dans les environs de midi. Je dormais encore.

― Bonjour. Entre et mets la télé si tu veux. Lui dis-je tout en courant vers la chambre ; trop parler risquait de briser le fil de mon sommeil.

― Tu dors quoi comme ça au point de ne pas accueillir les amis ? Riposta-t-il.

― Mon frère, le sommeil-là est bon jusqu’à. Il y a un match sur le satellite. Mets-toi à l’aise. Lui adressai-je.

― Jamais. Dit-il se dirigeant droit vers la chambre.

C’était fini. Quoi que je fisse, je n’allais plus reprendre le sommeil où je l’avais laissé. Mieux valait se résigner tout de suite. Il tira les draps, les mit en tas et s’assit sur le bord du lit avant de continuer :

― Je suis curieux que tu me racontes les choses. Si tu as fui hier, c’est que tu as des cachoteries qui te gèrent.

Assis dans le lit et adossé au chevet, j’engageai :

― Puisque tu y tiens, qui devait laver « les parties » d’après toi ? Lançai-je.

Fin de l’extrait.

Cette nouvelle  est en cours d’illustration et sera disponible avant le 1er Novembre 2016.

Nouvelle 5: Le phallus disputé

La négligence des repères expose l’homme à la perdition.

― Frère Tada, avec toutes ces belles filles autour de vous, vous n’arrivez pas à choisir… Vous devez être bien exigeant !

― Ne vous inquiétez pas pour moi ; répondis-je. Dès que le jour du Seigneur arrive, tout sera facile. J’ai confiance qu’il est au contrôle.

― Ah ! Tu sais, avec le boulot que tu as, avec le zèle que tu as pour le Seigneur, les sœurs attendent que tu fasses ton choix ! Reprit Sista Eddie.

― A ce point ? Je pense que vous exagérez un peu. Nous sommes en 2014 et les filles s’expriment plus librement ; dis-je.

― Oui mais les sœurs en Christ restent réservées, la pudeur chrétienne… au risque qu’on les traite de charnelles ; tu parles ! Si tu faisais ton choix, les choses seraient bien faciles. Et puis, il y a ma fille qui est maintenant assez grande… Dit Sista Eddie.

― C’est vrai que votre fille me fait réfléchir depuis un moment, mais elle est encore une enfant ; répondis-je.

― Désolée. Elle a déjà 20 ans. Ouvre donc tes yeux. Dit-elle.

Le souvenir de la conversation du matin avec Sista Eddie me garda pensif pendant des heures. C’est vrai que ma solitude devenait lourde et difficile à gérer. Il était tard et le sommeil prenait son temps.

« Deux semaines que je rencontre des morts dans mes rêves. Nous mangeons, nous buvons et nous rigolons ensemble. C’est curieux ! La nuit dernière, c’est grand-père qui m’a demandé de me marier au plus vite… Et si la rencontre de ce matin était dans l’ordre des choses, comment savoir ? ». A cogiter sur mes aventures oniriques, je m’endormis.

Je rencontrai les mêmes personnes dans les rêves. Cette fois, je m’aperçus comme un petit garçon de dix ans. Grand-père était là avec mon oncle et les voisins du village que je connaissais de leurs vivants ; et c’est moi qui prenais soin d’eux : obéissant, dévoué et entièrement consentant. Mon Dieu !

Le lundi matin, je m’apprêtai et sortis ma moto du garage. Je voulus la démarrer quand je fus interpelé par Sista Eddie ; elle était alarmée.

― J’ai fait un rêve grave sur toi ce matin. Il faut à tout prix que je t’en parle. Dit-elle.

― Bonjour Sista.

― Excuse-moi, ça va. Je suis dépassée. Pardonne-moi ; dit-elle faisant une sorte de révérence (corps droit, flexion légère du genou droit).

― Si ce n’est qu’un rêve, ce n’est pas un problème. Répondis-je. La Parole de Dieu me suffit et je viens de prier pour la journée et…

― Pardon frère Tada ; interrompit-elle. C’était sérieux. Tu sais que Dieu parle aussi par les rêves et je suis une maman qui sait ces choses.

― Si ce n’est pas long. Allez-y rapidement. Indiquai-je.

― Tu as des ennemis qui se sont juré de te faire la peau. Ils étaient en réunion et réfléchissaient sur des stratégies pour te détruire. Tous ont juré sur un fétiche de t’humilier.

― C’est tout ? Demandai-je

― C’était sérieux frère ; soyez prudent. Répondit-elle.

― Merci pour l’information. Lui dis-je. L’Eternel est fidèle et saura me protéger ; souviens-toi du Psaume 91 et d’Esaïe 54. Dieu défend toujours les siens. Soyez bénie ; transmettez mes salutations aux enfants et à votre mari s’il vous plaît.

― Sois prudent frère et que Dieu te garde. Dit-elle.

― Amen. Répondis-je en ouvrant le contact de la moto.

J’arrivai au service avant sept heures et trente minutes. Je profitai pour faire du classement sur le bureau et dans les classeurs.

A peine avais-je fini de consulter les mails que je commençai à ressentir des douleurs dans mon intime. Agacé après plus d’une demi-heure, je me proposai un bain froid de l’intime-partie que je fis discrètement. Après quelques minutes de répit, la douleur reprit ; plus intense encore.

Juste après dix heures, je m’excusai auprès du collègue de bureau et courus aux urgences. L’hôpital protestant n’était pas loin et le médecin me reçut aussitôt. La consultation n’indiqua rien de précis. Le médecin m’injecta des antalgiques et me prescrivit des comprimés. Il me conseilla de rester vigilant et de le saisir si les douleurs persistaient. Avant onze heures et trente minutes, ma visite était terminée et je retournai au service où je passai la journée dans la paix.

Le lendemain mardi, presqu’à la même heure, les douleurs reprirent ; pénibles et gênantes. Le collègue, surprenant ma main jouer la pression calmante, intervint :

― Monsieur Tada, il y a des gens qui tiennent ta vie ; ils te réclament des choses et ils te le diront. Dit-il.

― C’est qui « ils » ; demandai-je. Je sais que Dieu est avec moi. Et personne n’a rien à me réclamer. Précisai-je.

― Tu sais, je suis guérisseur traditionnel et j’ai été initié depuis l’année dernière. Annonça mon collègue.

― Tu me surprends et m’étonnes. Repris-je. Intellectuel de ton état ; qu’as-tu encore affaire avec ces pratiques ancestrales ? Lui demandai-je.

― Qu’est-ce que tu crois, que l’Occident m’aliénera de mes traditions ? C’est toi qui va continuer à tâtonner dans ton aveuglement. Rétorqua-t-il.

― Jésus est Tout-Puissant et Il n’est pas la propriété de l’Occident. Jésus ne fait pas de différence de race, ni de tribu. Il aide tous ceux qui l’invoquent. Répondis-je.

― Je sais qu’on t’appelle « frère Tada » ; oui mon frère, dis-moi comment tu vas échapper à ce qu’on te demande. Si tu m’avais demandé, je t’aurai dit ce qui se passe depuis deux semaines. Vois maintenant que tu commences à souffrir. Saches en tout cas que ces gens ne sont pas des « enfants de chœur » ; annonça-t-il.

― Mais c’est qui « ces gens » ; tu joues avec mes sentiments ? Tu jettes aussi des sorts comme les marabouts ? Demandai-je.

― De toute façon, ça te sert même à quoi ? Demanda-t-il. Si tu avais une femme, tu saurais ce que ça fait de sentir sa virilité menacée.

― Tu tires déjà des conclusions ! J’ai quelques douleurs et ça va passer. Le médecin m’a dit de repasser si ça n’allait pas ; répondis-je.

― Voilà votre aveuglement. Vous les chrétiens êtes accrochés à la médecine occidentale. Qui te dit qu’ils sont meilleurs que nous ? Demanda-t-il.

― Ils ont la science à leur service. Ils ont des appareils et peuvent faire des biopsies, des radios, des scanners au besoin. Et vous ? Votre base : des suppositions. Vous savez faire des suppositions. Répondis-je.

― Ha ! Ha ! Ha ! Comme c’est bien de causer avec des aveugles. Dans quelques jours, tu viendras me supplier de te conseiller. Va donc voir les docteurs des blancs. Chacun est docteur à sa façon. Dit-il.

Midi devait être passé quand je retournai chez le médecin de la veille. Cette fois, je dus patienter quelques minutes. La palpation des testicules ne provoqua aucune douleur supplémentaire mais je sentais bien mal. Il me prescrivit des examens que je fis aussitôt. Le scanner ne révéla aucune anomalie physiologique.

Le médecin changea les antalgiques. Quand il sut que j’étais chrétien, il me conseilla d’ajouter la prière. « La médecine ne résout pas tout et nous sommes tous les jours confrontés à des cas inexplicables » ; ajouta-t-il.

Je retournai au bureau dans les environs de quatorze heures et trente minutes et ne pus faire quoi que ce soit. Mon collègue qui m’observait du coin de l’œil eut la gentillesse de ne rien dire.

Après le boulot, je retournai à la maison avec l’intention immédiate de passer un temps dans la prière. Ce ne fut pas facile ; la douleur tiraillait mon attention et c’est avec peine que je pus crier au secours de Dieu. Je m’efforçai de lire les Ecrits du Christ sur la guérison et priai à nouveau. Le sommeil me surprit et c’est la visite de l’ancien Kuete qui me réveilla. Après les salutations, il me dit :

― J’ai appris que tu ne vas pas bien. Qu’est-ce que tu as ?

― C’est simplement des douleurs dans mon intime depuis hier matin. Le médecin n’a rien trouvé et m’a prescrit des calmants. Mais ça va un peu ; ce n’est pas la peine de vous inquiéter. Lui dis-je.

― Hmm. Puisque tu dis que tout va bien… ; remarqua-t-il.

― Oui ça va, ne vous inquiétez pas. Répondis-je. Comment va votre famille, comment vont les jeunes étudiants ?

― Ah ! Ça va. Leur rentrée a lieu dans quelques jours, alors ils profitent des derniers jours de vacances. En fait, soit prudent. Je ne sais pas, mais sois prudent et que le Seigneur soit ton guide. Ne manque pas le culte de demain soir.

― Je serai là par la grâce de Dieu. Dis-je, le raccompagnant.

Après l’Ancien, je passai du temps à suivre les infos. Je voulus me coucher assez tard afin d’esquiver autant que se peut les cauchemars qui maintenant semblaient me diminuer et me niaiser. C’était peine perdue. Je m’assoupis sur le canapé et les repas avec les morts eurent lieu comme à l’habitude. C’était toujours moi le garçon des corvées et je constatai dans le rêve que je planifiais ma rébellion. Je sursautai et me rendis compte que le salon était tout éclairé ; la télé passait un débat sur… J’éteignis machinalement les lumières et les appareils et j’étais au lit.

Un autre cauchemar m’attendait, plus grave. Ici, je reçus d’un des morts un coup de pied sur l’intime et criai. Je me réveillai, haletant, couvert de sueurs et mes deux mains saisissant l’intime partie. Mon cœur battait très vite et j’étais effrayé. J’allumai et sortis de la chambre. Le voisin cogna à ma porte. J’ouvris plutôt les vitres de la fenêtre donnant accès à la véranda commune.

― Nous vous avons entendu hurler, j’espère que ça va. Avança-t-il.

Gêné et embarrassé, je répondis :

― Excusez-moi, je faisais un cauchemar et je n’ai pas pu me contrôler. Toutes mes excuses pour le dérangement.

― Oh ! Noooon ! Il n’y a pas de quoi s’excuser. L’essentiel est que vous n’ayez rien de mal ; réagit-il.

― Ça va. Merci beaucoup pour votre attention. J’espère que votre épouse et votre fille vont bien. Dis-je.

― Tout le monde va bien, à tout à l’heure donc. Me dit-il en s’éloignant.

Mes voisins étaient de fervents chrétiens et se réveillaient chaque matin à cinq heures pour leurs dévotions matinales. Ils m’avaient déjà invité à les rejoindre, mais c’était plus fort que moi. J’avais essayé deux fois, mais avais passé chacune des séances à somnoler.

J’arrivai au bureau assez tôt et entrepris de faire des recherches sur « les rêves avec les morts », « les repas dans les rêves », « se voir tout petit dans les rêves » ; je voulais comprendre.

Je tombai sur un texte de psychologie analytique de Gustav Yung. Il disait des choses qui compliquaient tout. Il parlait de l’Inconscient qui était lisible par les rêves… et que les rêves révélaient le vrai « soi »… bref, il discourait que les rêves avaient un caractère informateur sur le cours de la vie du sujet. A l’écouter, je devais simplement analyser mes rêves suivant des règles et j’allais découvrir une leçon que mon Inconscient tenait à me donner.

Hum ! Ne rejoignait-il pas mon collègue initié à la tradition ? J’étais déçu car tout le texte, aussi long qu’il était, me prit du temps et au bout du compte ? Il m’informait que le « soi » invisible me demandait de l’écouter et de prêter attention à son message. Qui donc était plus éclairé sur la question ?  Yung ou mon collègue guérisseur qui semblait voir l’invisible ?

Dès que le collègue occupa son bureau, il me dit :

― Et alors, mon collègue est-il prêt ?

― Prêt pour quoi ? Répondis-je.

Afin qu’il ne soupçonnât pas l’objet de ma recherche, je revins sur les journaux nationaux. Mon collègue avait un Master en Philosophie et aurait compris facilement.

― As-tu appris le « fait divers » qui a eu lieu dans le 7e arrondissement ? Intervins-je.

― Tu es fou. Vous les chrétiens faites pitié ! Vous mettez les choses urgentes et importantes de côté et vous vous intéressez à ce qui ne vous aidera en rien. Ça ne m’étonne pas que tu sois encore célibataire à ton vieil âge. La fonction publique a besoin de chefs de famille responsables. Le célibataire, ça ne vaut rien.

Je le regardai mettre de l’ordre sur son bureau et dans ses dossiers. Sans relever la tête, il continua :

― Tu fais comme si tu n’entendais pas, alors que tu sais ce qui se passe « en bas ».

― Ça va pour le moment ; répondis-je.

― Ne te fie pas aux apparences. Fais ce qu’on te dit et tout ira bien. As-tu bien dormi ? Demanda-t-il.

― Hmmm… Fis-je.

― Tu vois que tu ne dors plus bien. Reprit le collègue. L’art du têtu ne te servira à rien ; l’intellectualisme ne te servira à rien. Quand les médecins auront diagnostiqué ton mal, viens donc m’informer.

A ses paroles, le malaise me saisit ; la sueur me surprit ; mon corps écoutait l’homme et s’ajustait à ses alarmes. Toutefois, la douleur des jours précédents ne se signala pas.

― Es-tu d’accord qu’ils te disent ce qu’ils réclament de toi ? Me demanda-t-il.

― Hm. Fis-je.

― Dis « oui », dis « non » ; choisis une réponse. C’est dans ton intérêt ; aveugle de ton état. Rétorqua-t-il.

Fin de l’extrait.

Ces différentes nouvelles sont maintenant illustrées et disponibles. Cliquez sur le lien ci-dessous pour accéder à la page de la Fiche mise à jour de Embrouilles Spirituelles.

Fiche complète de Embrouilles Spirituelles

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